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Ultime effort

Par

Diane Bergeron

6 février 2001

 

 

         Le chemin par où je suis venu, je l’ai oublié. Je me concentre sur celui à venir, sur chaque pas glissé, plus difficile que le précédent. Mon corps me supplie d’arrêter ; mon esprit me suggère de continuer, incertain qui est le maître de cette expédition.

 

         Je décide d’aller de l’avant, tant pis pour les courbatures, pour le sac à dos qui me retient au bas des pistes et tente de me désarçonner dans les descentes. Tant pis aussi pour la bière qui aurait été si bonne à la fin de la montée, mais qui m’aurait coûté encore plus d’efforts.

 

         Une pensée me torture le corps et l’esprit depuis quelques temps déjà. Ai-je entrepris cette expédition pour prouver quelque chose à quelqu’un ? À moi, peut-être, qui vieillis plus vite que les années ; à mes copains de délire qui croyaient que je ne ferais pas le poids ; à cette piste qui monte et qui monte et qui se rit de mes misères ?

 

         Si un sommet se défini par son point le plus élevé, celui du mont Logan m’apparaît plutôt comme un grand désert blanc, avec son antenne pointant l’infini et un refuge glacé, chaleureux pourtant, accroché au roc, contre vents et marées.  Mais si je détourne mon regard de ces détails désespérément civilisés, je sais que je n’ai pas souffert inutilement. La vue est imprenable au-delà de tout ce que j’avais imaginé, au-delà des mots.

 

         En bas, c’est la vie, c’est l’effort, le dépassement, le doute aussi. Mais en haut, c’est l’âme apaisée, c’est le ciel, si près, si loin à la fois. C’est l’impression de dominer le monde et de n’être pourtant qu’un morceau égaré d’un casse-tête de quelques milliards de pièces. 

 

         Le silence hurle à mes oreilles. Il est à la fois lourd comme une tonne de plomb et léger comme une tonne de plumes. J’entends quelqu’un qui s’approche, à pas régulier, sans jamais s’approcher vraiment. Mais il n’y a personne. Ce sont les battements de mon cœur, cet insolent, qui est le seul à ne pas respecter ce silence magnifique. Je ne lui en veux pourtant pas. Il me sera bien utile demain pour revenir vers les miens et pour leur offrir, par mes sourires et mes soupirs, ce que les mots ne sauraient dire…

Diane Bergeron

6 février 2001